vendredi 20 octobre 2017

« ET IN ARCADIA EGO »

« ET IN ARCADIA EGO »

"Moi, la mort, je suis aussi en Arcadie."

 

Autoportrait de Nicolas Poussin

Nicolas Poussin, né au hameau de Villers, commune des Andelys, le 15 juin 1594, mort à Rome le 19 novembre 1665, est un peintre français du XVII ème siècle, représentant majeur du classicisme pictural. Actif aussi en Italie à partir de 1624. Peintre d'histoire, compositions religieuses, mythologiques, à personnages, ou encore de paysages animés. Il fut l'un des plus grands maîtres classiques de la peinture française, et un "génie européen", comme le rappelle l'exposition Nicolas Poussin de 1994 à Paris, à l'occasion de la célébration du quatrième centenaire de sa naissance. (source : encyclopédie en ligne wikipedia)


Le Guerchin, Et in Arcadia ego (1618)

'Et in Arcadia ego" est une expression inventée par Virgile et utilisée au 17ème siècle en Italie pour exprimer, de façon elliptique, les limites du puissant sentiment humaniste : "Même en Arcadie, moi, la mort, j'existe". C'est-à-dire, même l'évasion dans le monde pastoral et idyllique de l'Arcadie ne protège pas de la mort.
Cette expression est en général inscrite sur une pierre funéraire monumentale, dans un paysage rural dans la plupart de tableaux de cette époque.

La première représentation du thème par Guerchin (Galleria Corsini, Rome) montre deux bergers surpris de trouver un crâne - type même du memento mori - sur une pierre sur laquelle est écrit "Et in Arcadia ego".

Dans la version de Poussin, tous les effets de surprise ont été supprimés. Au lieu de cela, les bergers semblent contempler le tombeau. Ils déchiffrent l'inscription d'un air de curiosité mélancolique. Le crâne a disparu. Les mots semblent désigner une personne, peut-être une bergère qui est ici ensevelie : "Moi aussi, j'ai vécu en Arcadie". C'est une modification notable par rapport à la traduction latine.
L'artiste ne se disperse pas en racontant une histoire et se concentre sur cette scène totalement statique. Aucune séduction non plus dans la texture de la matière ou des couleurs. Les tons sont durs et froids, et les personnages ont des poses sculpturales.



Nicolas Poussin - Et in Arcadia ego (deuxième version) 1637-1638

L’origine des BERGERS D’ARCADIE, au sous-titre significatif « la Félicité sujette à la mort », est confuse ; si certains la présument vers 1629, H. LEMONIER, lui, attribue la création du tableau entre 1638 et 1639.

L’Arcadie, dans la mythologie grecque, peut être considérée comme l’équivalent de l’île d’Avalon, et même de l’autre Monde celtique, celui des tertres souterrains où vivent les dieux et les héros de l’ancien temps.
De plus, on sait que Nicolas Poussin était très attiré par les doctrines hermétistes et qu’il fréquentait des gens connus pour leur appartenance à des  « confréries » plus ou moins secrètes.


  « J’ai rendu à M. Poussin la lettre que vous luy faites l’honneur de luy escrire ; il en a témoigné toute la joie imaginable. Vous ne scauriez croire, Monsieur, ni les peines qu’il prend pour vostre service, ni l’affection avec laquelle il les prend, ni le mérite et la probité qu’il apporte en toutes choses. Luy et moy nous avons projetté de certaines choses dont je pourray vous entretenir à fond dans peu, qui vous donneront par M. Poussin les avantages (si vous ne les voulez pas méspriser) que les roys auroient grande peine à tirer de luy, et qu’après luy peut-estre personne au monde ne recouvrera jamais dans les siècles advenir ; et, ce qui plus est, cela seroit sans beaucoup de dépenses et pourroit mesme tourner à profit, et ce sont choses si fort à rechercher que quoy que ce soit sur la terre maintenant ne peut avoir une meilleure fortune ni peut-estre esgalle. Comme en luy rendant vostre lettre je ne le vis qu’au moment en passant, j’oubliay de luy dire que vous ferez retirer son brevet renouvelé en termes honorables... »

Lettre de Louis Fouquet à Nicolas Fouquet le 17 avril 1656

Nicolas Poussin s’était choisi un sceau plutôt curieux : il représentait un homme tenant une nef ou une arche, avec la devise « tenet confidentiam » qui peut se traduire par « il détient le secret ».

Et que penser de l’ouvrage posthume de Maurice Barrès, le Mystère en pleine lumière, qui regroupe plusieurs études sur les peintres, et dans lequel il se livre à d’étranges considérations ? Barrès laisse entendre que de nombreux peintres appartenaient à des confréries initiatiques, plus particulièrement à une mystérieuse « Société Angélique ». Il le suggère à propos de Delacroix, s’intéressant tout particulièrement à « l’aspect angélique de son œuvre ».

Il se fait plus précis en ce qui concerne Claude Gellée, dit le Lorrain, à propos duquel il dit : « On sent bien qu’il n’est pas né tout d’un coup, qu’il a été préparé. » Cela signifie que Claude Gellée faisait partie d’un groupe spiritualiste qui lui dictait certaines de ses inspirations. Et Barrès ajoute
 « Si l’on veut connaître Gellée, il faut le dessin de Sandrart où il se présente dans la plus digne compagnie auprès de son ami Poussin. » Faut-il en conclure que Nicolas Poussin appartenait à la même « confrérie ?» Toujours à propos de Claude le Lorrain, qu’il met en parallèle avec Poussin, Barrès dit encore « Il n’est rien si les Anges ne lui tiennent pas la main, s’il n’est pas dans la société céleste, s’il s’écarte de ce qui l’enchante, le soutient et le soulève. Il sait son poème et hors de cela ne sait rien. » On ne peut être plus clair à propos de l’existence d’une « Société Angélique» à laquelle appartiennent la plupart des peintres (et aussi des écrivains) de toute époque. Mais il y a encore mieux, car Barrès dévoile franchement le mot de passe : « Il faut toujours que nous ménagions dans quelque coin de notre œuvre une pierre tombale avec l’inscription fameuse : et in Arcadia ego. »

Et si l’on voulait douter de l’existence de cette « Société Angélique » dont le signe de ralliement ou de reconnaissance paraît être la formule inscrite sur le tombeau peint par Poussin, on devrait lire une lettre de George Sand à Gustave Flaubert, datée du 17 décembre 1866. Voici en effet ce qu’écrit la « bonne dame de Nohant » : « Dans tous les cas, aujourd’hui, je ne suis bonne qu’à rédiger mon épitaphe! Et in Arcadia ego, vous savez. »
 Le vous savez  en dit d’ailleurs davantage que n’importe quel discours. Avant d’être la « bonne dame de Nohant », George Sand a participé à tous les mouvements d’inspiration utopiste et sait fort bien à quoi s’en tenir sur certaines « confréries » plus ou moins héritières des « Illuminés de Bavière» et des « ordres » clandestins du Moyen Age. Avant d’écrire la Mare au Diable, elle a écrit un roman dont le titre est Consuelo et dans lequel elle fait quelques révélations sur une mystérieuse confrérie qu’elle appelle la «Secte des Invisibles ».

Voici ce qu’elle écrit à propos de ces Invisibles: « Ils sont les instigateurs de toutes les révolutions : ils vont dans les cours, dirigent toutes les affaires, décident la guerre ou la paix, rachètent les malheureux, punissent les scélérats, font trembler les rois sur leurs trônes. »

On ne peut que songer à Nicolas Foucquet qui, lui aussi, a fait trembler Louis XIV sur son trône avant de succomber, probablement parce qu’il avait trahi la « confrérie » à laquelle il appartenait. On ne pardonne pas les trahisons dans ce genre d’associations. Car ces Invisibles sont toujours présents là où il le faut : « On ne sait pas s’ils demeurent quelque part, mais il y en a partout...

En savoir plus : http://les-archives-du-savoir-perdu.webnode.fr/news/fable-autour-dune-toile/




dimanche 8 octobre 2017

François Brousse : Les Mystères de la Mort



François Brousse, né le 7 mai 1913 à Perpignan et décédé le 25 octobre 1995 à Clamart, professeur de philosophie ayant exercé principalement dans le Languedoc-Roussillon, est l’auteur d’environ quatre-vingt ouvrages publiés à partir de 1938 : poésie, essais (métaphysiques, astronomiques, historiques, ésotériques), romans, théâtre et contes.

Il est un précurseur des cafés philosophiques qui surgiront un peu partout en France à la fin du XXème siècle.

« Je regarde avec stupéfaction les penseurs chrétiens qui osent croire en Dieu, sans admettre la réincarnation. C'est croire à la cime, tout en refusant la base. Ils trahissent la pensée du Christ, ils obscurcissent l'univers. Plutôt le néant que les folies théologiques ! Mais le dilemme ne s'impose pas. Entre le gouffre de la mort totale et l'abîme de l'enfer éternel, s'élève en essor d'arc-en-ciel, le pont de la transmigration des âmes. »

François Brousse : Les Mystères de la Mort

 Une entité éternelle 

« Il y a deux espèces de voyages : les voyages de la vie et les voyages de la mort. » (Auteur non mentionné, L’Indépendant, Perpignan, 2 avr. 1987)
Les uns -catholiques- croient en l’enfer éternel, les autres -matérialistes- imaginent le néant après la mort et avant la naissance. Ils ne connaissent pas la transmigration des âmes, laquelle va de la réincarnation à la métempsycose et ouvre les portes de la compréhension universelle.
 (Nostradamus ressuscité, t. 3)

Essentiellement, la réincarnation présuppose :

1) Une entité éternelle qui préexistait depuis toujours à notre naissance et subsistera à jamais après notre mort, l’Atman ;
2) Cette entité, avant d’animer notre corps, a vivifié successivement d’innombrables corps, végétaux, animaux et humains, avec, entre ces différentes incarnations, des séjours en d’autres mondes ou plans de conscience ;
3) Cette entité éternelle animera d’autres formes supérieures à l’état humain, que l’on peut appeler, d’après la tradition chrétienne, angélique, archangélique, séraphique ou, d’après la tradition hindoue, dévique.
Les incarnations supérieures se termineront quand la voyageuse éternelle prendra conscience de sa divinité en dehors du temps, de l’espace, de la causalité et de la souffrance.
L’homme réel est éternel ; l’Atman rejette successivement les vieux corps pour en revêtir de neufs, mais tout cela n’est que le jeu illusoire de Maya. Dans le fond de son être, l’homme est identique à Dieu, Atman = Brahman. Le sage prend conscience de cette réalité essentielle et il peut dire : « Je suis cela. »
(La Trinosophie de l’Étoile polaire)

 La mort, étape de la vie humaine 

Quelles sont les grandes étapes de ce drame universel ?
Il se déroule en cinq actes sur le théâtre de l’abîme : 

1. La dissolution du corps éthérique dans l’atmosphère de la Terre.
2. Le voyage de l’âme à travers le cône d’ombre de la planète.
3. La destruction du corps astral dans les plaines blanches de la Lune.
4. La montée des corps mental et causal dans la gloire du Soleil.
5. Et, pour la plupart des êtres humains, le retour dans des formes physiques, humaines. 

1. Après la mort du corps physique, subsiste un complexe vivant, corps éthérique, astral et mental, qu’habite l’âme. Ce complexe rôde dans l’atmosphère du globe et peut se manifester aux humains par l’intermédiaire des médiums ou à travers le miroir chatoyant des songes. Mais la dissolution du corps éthérique ouvre la porte d’un second voyage sur les routes du cosmos.

2. Le deuxième fantôme -corps astral, mental et âme- tourbillonne dans le cône d’ombre de la Terre le tunnel, où les méchants rencontrent les visages affreux du mal qu’ils ont commis dans leur existence corporelle.
Les justes, plongés dans un cercle de rêves agréables, traversent en souriant ce dangereux passage. Méchants et justes arrivent, légions invisibles, sur la Lune, dans l’aura magnétique de cet astre mystérieux.

3. La troisième mort survient alors, la dissolution du corps astral, brûlante et douloureuse pour ceux que remplissent les désirs terrestres, fraîche et douce pour les assoiffés d’idéal.

4. Enfin, voici la montée du corps mental et de l’âme dans le soleil, dans la sphère spirituelle dont le flambeau du jour est le masque resplendissant. Les religions nomment Paradis ce lieu de merveilles où l’on reçoit ravissements, illuminations, joies multiformes. Les Délivrés y restent définitivement, ou plutôt connaissent, après la porte du Soleil, les portes de l’infini.

5. Les autres âmes retombent momentanément dans le cercle infernal des vies planétaires.
 (La Trinosophie de l’Étoile polaire)

 Les paradis planétaires 

Certains ne sont pas assez lourds pour retomber dans la sphère terrestre immédiatement à partir de la Lune et ils ne sont pas assez légers pour monter comme une flamme vivante à l’intérieur du Soleil.
 Que vont-ils faire ?
Ils vont entrer dans les paradis planétaires, paradis qui peuvent être aussi des purgatoires.
Prenons l’exemple des voluptueux : le royaume des filles-fleurs dont beaucoup de poètes ont parlé, existe ; le paradis de Mahomet existe ; c’est l’astral de Vénus …
Les savants extrêmement curieux par exemple …  vont se retrouver dans la sphère de Mercure et, dans celle-ci, ils vont consulter – ce n’est qu’une image mais cela correspond quand même à une certaine réalité – les bibliothèques astrales. 

Il y a des êtres qui ne sont pas méchants et qui ont pourtant été guerriers, de véritables kchatriyas, c’est-à-dire qu’ils ont mis toutes leurs vertus dans la défense de l’opprimé et du faible. Ces guerriers, ces hommes d’État aussi existent et rentrent dans la sphère de Mars où ils rencontrent les grands capitaines idéalisés … de l’histoire disparue.
 (Conférence, Strasbourg, 6 juin 1987)

 Processus de réincarnation 

Selon Allan Kardec 1804-1869,  et là je le suivrai volontiers- il n’y a pas de loi précise : les uns se réincarnent immédiatement, d’autres peuvent se réincarner six cents ans après, d’autres trois cents ans, d’autres cinquante ans, d’autres dix ans après ; tout cela dépend du désir que l’âme possède de sa réincarnation.
 (Conférence, Perpignan, 9 déc. 1982) 

Le retour sur la Terre se fait d’une manière un peu particulière : une série de voyages. Vous êtes dans le Devachan solaire en sanscrit « La demeure des dieux », vous avez perdu tout ce qui est humain, vous n’avez plus l’idée du temps, l’idée de l’espace, l’idée de séparativité, l’idée de rapports sexuels, l’idée de combativité, mais, parce que ces germes sont restés en vous et qu’ils n’ont pas été détruits, vous devrez recommencer en sens inverse le chemin que vous avez pris.

Selon les pythagoriciens, vous passez normalement à travers toutes les sphères.
 

• Vous entrez dans la sphère de Mercure et vous absorbez l’intelligence dialectique alors que vous n’aviez plus que l’intelligence intuitive.
• Puis vous passez dans la sphère de Vénus et vous retrouvez les attachements terrestres, la sexualité, l’affectivité.
• Vous passez dans la sphère de Mars et vous récupérez la violence, la combativité, l’ardeur, l’esprit de domination.
• Vous passez ensuite dans la sphère de Jupiter et vous intégrez l’idée de hiérarchie, d’espace, la soumission à une série de maîtres qui ne sont pas de vrais maîtres, et aussi l’esprit traditionaliste.
• Vous passez dans la sphère des planétoïdes où vous retrouvez l’esprit de séparativité ; vous serez séparés des autres êtres humains.
• Vous passez enfin dans la sphère de Saturne et vous avez l’idée de temps. Vous y êtes enfermés. 
 Et vous voilà avec le temps, l’espace, la séparativité, l’amour, la haine, avec le désir de domination et vous vous retrouvez sur la Lune où vous reconstruisez un corps astral ; c’est la vision d’Ézéchiel où il voit une série d’ossements répandus sur des plaines lointaines et froides. L’esprit de Dieu souffle, tous ces ossements se remplissent de chair, et c’est un peuple nouveau qui surgit. 

Ensuite, c’est le chemin de retour à travers le cône d’ombre de la Terre et vous entrez dans l’atmosphère terrestre. Il y a une multitude d’atomes qui sont d’ordre éthérique et qui roulent leurs tourbillons dans les plaines immenses de l’air. Vous prenez, parmi ces atomes, un corps éthérique.
Vous avez réintégré une prison mentale avec tous les éléments dont je vous ai parlé, puis une prison astrale, puis la prison éthérique, il ne vous reste plus qu’à réintégrer la prison humaine, physique …
Vous n’êtes pas absolument libres de votre choix ; il arrive que vous soyez obligés de vous incarner dans des animaux ; il arrive aussi que vous ayez le choix entre plusieurs espèces de familles.
Vous avez habituellement douze familles parmi lesquelles vous avez la possibilité de vous incarner pour avoir approximativement les mêmes expériences ou des expériences similaires.
 (Conférence, Strasbourg, 6 juin 1987)

 La métempsycose 

La métempsycose a pour elle une fantastique tradition : hindouistes, bouddhistes, lamaïstes, et même néoplatoniciens. Tous ces rêveurs aux yeux de flamme la proclament de leur voix géante.

Sur le trône d’en face sont assis les spirites d’Allan Kardec, les théosophistes de la Société théosophique et les rosicruciens d’Amorc. Ils affirment avec orgueil que la forme humaine est trop noble pour qu’on puisse, après l’avoir occupée, redescendre dans les formes animales.
(BMP, La Licorne Ailée, avr. 1986)

À travers Pythagore nous savons nettement que l’homme et l’animal ont une même étincelle, que cette étincelle est divine et qu’elle passe tantôt d’une forme humaine à une forme animale, tantôt d’une forme animale à une forme humaine. 
 Après Pythagore,  il y a eu Platon, et pour Platon, c’est exactement la même chose : les âmes divines descendent des planètes les plus hautes, des étoiles les plus brillantes, et elles s’incarnent dans les êtres humains. Mais l’être humain est capable, soit d’être divin, soit d’être infernal, car il possède ce qu’on appelle le libre arbitre, et à travers cette liberté, il peut devenir aussi grand que les dieux et remonter dans la sphère divine.
 (Conférence, Toulouse, 30 janv. 1983)

 Textes de François Brousse édités par www.licorne-ailee.com

Ce texte est publié dans le Livre du Centenaire de François Brousse.

Editions La Licorne ailée, mai 2013.
Extraits de l’exposition Rencontre avec François Brousse, poète et philosophe
Médiathèque de Perpignan
Du 4 mai au 8 juin 2013

vendredi 22 septembre 2017

Rêves en peinture

Rêves en peinture




Salvador DALI – L’interprétation des rêves


« Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l’image de la mort ; un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l’instant précis où le moi, sous une autre forme, continue l’œuvre de l’existence. C’est un souterrain vague qui s’éclaire peu à peu, et où se dégagent de l’ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes. Puis le tableau se forme, une clarté nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres : - le monde des Esprits s’ouvre pour nous. »

Gérard de Nerval – Aurélia



Vladimir KUCH – Chandelle


« La flamme, parmi les objets du monde qui appellent la rêverie, est un des plus grands opérateurs d’images. La flamme nous force à imaginer. Devant une flamme, dès qu’on rêve, ce que l’on perçoit n’est rien au regard de ce qu’on imagine. La flamme porte sa valeur de métaphores et d’images dans les domaines de méditation les plus divers. »

Gaston BACHELARD – La flamme d’une chandelle


Roger SUREAU – Rêver ensemble

« En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être. »

Carl Gustav Jung


Georgio DE CHIRICO – Rêverie hermétique


 « La faculté de rêverie est une faculté divine et mystérieuse ; car c'est par le rêve que l'homme communique avec le monde ténébreux dont il est environné. »

Charles BAUDELAIRE - Les Paradis artificiels 


mercredi 30 août 2017

Chimères en poésie

Chimères en poésie


Dessin de Léonard de Vinci

 

« Elle a les yeux couleur de ma vague chimère, O toute poésie, ô toute extase, ô Mère ! A l'autel de ses pieds je l'honore en pleurant, Je suis toujours petit pour elle, quoique grand. »


Emile Nelligan 

Artisteécrivainpoète québécois (1879 - 1941)

 


Chacun sa chimère


    Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.

    Chacun d'eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu'un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d'un fantassin romain.

    Mais la monstrueuse bête n'était pas un poids inerte ; au contraire, elle enveloppait et opprimait l'homme de ses muscles élastiques et puissants ; elle s'agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture et sa tête fabuleuse surmontait le front de l'homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l'ennemi.

    Je questionnai l'un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu'il n'en savait rien, ni lui, ni les autres ; mais qu'évidemment ils allaient quelque part, puisqu'ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.

    Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n'avait l'air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu'il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d'aucun désespoir ; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d'un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.

    Et le cortège passa à côté de moi et s'enfonça dans l'atmosphère de l'horizon, à l'endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.

    Et pendant quelques instants je m'obstinai à vouloir comprendre ce mystère ; mais bientôt l'irrésistible Indifférence s'abattit sur moi, et j'en fus plus lourdement accablé qu'ils ne l'étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.

    Charles Baudelaire


La chimère


Une jeune chimère, aux lèvres de ma coupe,
Dans l'orgie, a donné le baiser le plus doux
Elle avait les yeux verts, et jusque sur sa croupe
Ondoyait en torrent l'or de ses cheveux roux.

Des ailes d'épervier tremblaient à son épaule
La voyant s'envoler je sautai sur ses reins ;
Et faisant jusqu'à moi ployer sou cou de saule,
J'enfonçai comme un peigne une main dans ses crins.

Elle se démenait, hurlante et furieuse,
Mais en vain. Je broyais ses flancs dans mes genoux ;
Alors elle me dit d'une voix gracieuse,
Plus claire que l'argent : Maître, où donc allons-nous ?

Par-delà le soleil et par-delà l'espace,
Où Dieu n'arriverait qu'après l'éternité ;
Mais avant d'être au but ton aile sera lasse :
Car je veux voir mon rêve en sa réalité.



La chimère

La chimère a passé dans la ville où tout dort,
Et l'homme en tressaillant a bondi de sa couche
Pour suivre le beau monstre à la démarche louche
Qui porte un ciel menteur dans ses larges yeux d'or.

Vieille mère, enfants, femme, il marche sur leurs corps...
Il va toujours, l'œil fixe, insensible et farouche...
Le soir tombe... il arrive ; et dès le seuil qu'il touche,
Ses pieds ont trébuché sur des têtes de morts.

Alors soudain la bête a bondi sur sa proie
Et debout, et terrible, et rugissant de joie,
De ses grilles de fer elle fouille, elle mord.

Mais l'homme dont le sang coule à flots sur la terre,
Fixant toujours les yeux divins de la chimère
Meurt, la poitrine ouverte et souriant encor.

Albert Samain
Symphonie héroïque


Sur le pays des chimères

Sur le pays des chimères
Notre vol s’est arrêté :
Conduis-nous en sûreté
Pour traverser ces bruyères,
Ces rocs, ce champ dévasté.

Vois ces arbres qui se pressent
Se froisser rapidement ;
Vois ces roches qui s’abaissent
Trembler dans leur fondement.
Partout le vent souffle et crie !

Dans ces rocs, avec furie,
Se mêlent fleuve et ruisseau ;
J’entends là le bruit de l’eau,
Si cher à la rêverie !
Les soupirs, les vœux flottants,
Ce qu’on plaint, ce qu’on adore…
Et l’écho résonne encore
Comme la voix des vieux temps,

Ou hou ! chou hou ! retentissent ;
Hérons et hiboux gémissent,
Mêlant leur triste chanson ;
On voit de chaque buisson
Surgir d’étranges racines ;
Maigres bras, longues échines ;
Ventres roulants et rampants ;
Parmi les rocs, les ruines,
Fourmillent vers et serpents.

À des nœuds qui s’entrelacent
Chaque pas vient s’accrocher !
Là des souris vont et passent
Dans la mousse du rocher.
Là des mouches fugitives
Nous précèdent par milliers,
Et d’étincelles plus vives
Illuminent les sentiers.

Mais faut-il à cette place
Avancer ou demeurer ?
Autour de nous tout menace,
Tout s’émeut, luit et grimace,
Pour frapper, pour égarer ;
Arbres et rocs sont perfides ;
Ces feux, tremblants et rapides,
Brillent sans nous éclairer !…

Gérard de Nerval
Odelettes

J'en ai ma part : veau d'or, sphinx, chimères, griffons,
Les princes des démons et les princes des prêtres,
Synodes, sanhédrins, vils muphtis, scribes traîtres,
Ceux qui des empereurs bénissaient les soldats,
Ceux que payait Tibère et qui payaient Judas,
Ceux qui tendraient encore à Socrate le verre,
Ceux qui redonneraient à Jésus le calvaire,
Tous ces sadducéens, tous ces pharisiens,
Ces anges, que Satan reconnaît pour les siens,
Tout cela, c'est partout. C'est la puissance obscure.

Victor Hugo
Religions et religion  






dimanche 30 juillet 2017

Arnold Böcklin




L’Île des Morts (Die Toteninsel) est une série de cinq tableaux peinte entre 1880 et 1886 par Arnold Böcklin.
Elle représente une île au coucher du soleil, vers laquelle se dirige une embarcation conduite par Charon, le guide des morts. À ses côtés dans le bateau, un défunt debout, dans son linceul regarde vers la crique dans laquelle va entrer la barque. Sur l’île, une cour dans l’ombre, des rochers escarpés et de hauts cyprès donnent à l’ambiance un parfum de solitude et d’oppression.


L'île de vie



Arnold Böcklin, né le 16 octobre 1827 à Bâle, et mort le 16 janvier 1901, à San Domenico di Fiesole, en Italie, est un peintredessinateurgraphiste et sculpteur suisse.
Avec Ferdinand HodlerMax Klinger et Lovis Corinth, c'est l'un des principaux représentants du symbolisme allemand, courant artistique rompant avec la peinture académique et le naturalisme de la seconde moitié du xixe siècle. Des surréalistes, comme Giorgio De ChiricoSalvador Dalí et Max Ernst, ont vu en lui un de leurs prédécesseurs et l'ont salué comme un « artiste génial et ironique ».

La Méduse
Relief en papier mâché peint
Musée d’Orsay, Paris
1897

lundi 3 juillet 2017

Synchronisation des heures doubles et manque de sommeil



Synchronisation des heures doubles et manque de sommeil


L’apparition des heures dédoublées à répétition est un signe d’une transformation de ton état de réceptivité intuitive qui s’améliore et doit te permettre davantage de communications et une meilleure qualité de transmission, venant des plans désincarnés.

La difficulté à bien dormir en est un autre signe. Un changement est à l’œuvre en toi, qui consiste en une ouverture plus grande des centres d’énergie subtils. Le fait que tu captes davantage d’informations, au niveau intuitif, perturbe l’équilibre de l’ego en troublant le fonctionnement du mental, qui se sent mis à l’écart et alerte la conscience vigile.

Rien de bien inquiétant, même si tu es surpris par la survenance de ces manifestations furtives et intrusives. Tes capteurs énergétiques fonctionnent de mieux en mieux et d’autres signes se manifesteront à très court terme, notamment sur les plans visuel et auditif.

En fait, tu réagis à l’élévation du taux de fréquence vibratoire de la terre, provoquée par les rayonnements cosmiques de plus en plus forts, en ajustant le niveau de ta fréquence vibratoire personnelle. Il n’y a que deux cas de figure dans cette situation qui sort de l’ordinaire : s’adapter ou disparaitre.
Soit tu suis le sens du courant en gardant la tête hors de l’eau, soit tu prends l’eau et tu te noies. Tout dépend de l’état d’évolution spirituelle de chacun, qui permettra à certains de passer le cap et de progresser plus rapidement et qui recalera tous ceux qui n’ont pas atteint le niveau suffisant. Tout se passe comme à l’école ; il y en a qui passe en classe supérieure et d’autres qui redoublent. Ce n’est pas une loterie mais bien le fruit du travail d’éveil spirituel effectué lors de votre vie incarnée.

Les signes précurseurs que tu as remarqués vont avoir une progression très rapide car l’heure de la grande mutation est là. Il ne faut pas te laisser envahir par la peur ou l’angoisse ; tu seras toujours au bon endroit au bon moment, nous y veillerons.
Tu auras du travail pour aider au maximum de tes possibilités ceux que tu pourras aider, que ce soit pour résister sur terre ou pour les accompagner dans leur difficile passage.

Ces visions régulières d’heures en miroir correspondent en fait à une reprogrammation de l’ADN, c’est-à-dire à une véritable mutation génétique de l’être humain.
L’humanité est en pleine métamorphose et s’apprête à accéder à un niveau supérieur de son évolution grâce à l’apogée de la nouvelle énergie cosmique qui inonde la terre depuis fin 2012.

Rappelons les étapes-clé de l’évolution spirituelle :

-         16 août 1987 : Convergence harmonique. Mesure de l’énergie humaine.
-         11 janvier 1992 : Ouverture magnétique  pour l’humanité et nouveau codage ADN.
-         23 avril 1994 : Transfert de pouvoir à la Terre ; départ des entités et passation de flambeau.
-         11 août 1999 : Alignement planétaire et synchronisation énergétique.
-         1er janvier 2000 : La voie de l’ascension humaine.
-         31 décembre 2002 : Fin du réajustement magnétique de la Terre.
-         26 décembre 2012 : Apogée de la Nouvelle Energie.

Il appartient à chacun de se déterminer en fonction des choix de vie qu’il fait et des priorités qu’il définit. Mais il est incontournable de faire un travail spirituel, régulier et constant, pour être capable de s’élever au-dessus du quotidien et de sa routine soporifique, pour pouvoir trouver sa voie et se reconnaitre enfin. L’introspection, la lecture, la méditation, peuvent aider mais il faut toujours tenir le cap et avancer sur son chemin volontairement. La distraction, la fainéantise, l’absence de motivation ou l’abdication sont autant d’écueils infranchissables.

Il se passe quelque chose qui nous dépasse, qui échappe à notre compréhension mais qui parle à notre être profond et contribue à notre évolution spirituelle. Alors il nous faut être à l’écoute, ouvrir nos oreilles internes et solliciter notre troisième œil pour faciliter la communication.






mardi 27 juin 2017

Ainsi parlait Eileen Caddy


Eileen Caddy

Eileen Caddy, qui nous a quittés le 13 décembre 2006, a été cofondatrice de la Fondation Findhorn, en Écosse, en 1962, avec son mari Peter, et Dorothy Maclean. Elle a joué un très grand rôle d’inspiration spirituelle auprès des milliers de personnes qu’elle a rencontrées ou qui sont passées à la Fondation Findhorn. Eileen Caddy croyait que chacun détient sa propre source de sagesse intérieure, la « petite voix ». Elle a consacré sa vie à encourager les gens à découvrir ce contact intérieur.

Tu es dans le monde mais tu n'es pas de ce monde.

Il est inutile de laisser les façons d'être du monde t'enfoncer.

Jouis-en, mais n'essaye pas de les posséder et ne leur permets pas de te posséder.

Dans le Nouvel Age, il n'est pas nécessaire d'être vêtu de hardes et couvert de cendres, ou d'aller partout en déclarant que tu es un misérable pécheur et n'es pas digne d'être appelé l’enfant bien-aimé du Très Haut.

Cet enseignement appartient aux temps anciens, et il est faux et sans réalité.

Accepte le fait que nous faisons Un avec Ce Très Haut et qu'Il est en toi.

Sens-toi tiré hors des ténèbres de cet enseignement erroné vers la lumière glorieuse.
Laisse l'ancien derrière et laisse-le mourir d'une mort naturelle.

Entre dans le Nouveau, renais en Esprit, et en Vérité, et découvre la signification de la vraie liberté. Le Très Haut a besoin de toi libre et non pas ligoté par toi-même et par le souci de ta propre personne.

Sois comme un tout petit enfant, libre et joyeux, et vis dans l'éternel présent.


La petite voix - Eileen Caddy
Le Souffle d'or

 (1994)